Maddalena Martino, par Valérie

Maddalena Martino, par Valérie

Maddalena M.

Cet été fut celui de la découverte, un été synonyme de retour aux sources . La plus belle découverte qui allait influencer mon choix et mon envie de rencontrer une ancêtre.
Je prends ce chemin qui mène près du lavoir du village. Il est sur ma gauche, aujourd’hui il est le terrain de jeux des enfants. Dans mon enfance il était celui des commérages entre les femmes venant laver du linge. Je ne m’attarde pas car nous sommes en hiver , le vent souffle sur mon visage avec une petite pluie glacée qui me pique les joues. Cette froidure est saisissante, normal pour ce mois de décembre dans les montagnes. Je passe sur le petit pont, j’arrive devant la maison à coté du four du village, je vois ta frêle silhouette qui se détache du paysage. Je te reconnais grâce aux rares photographies en noir et blanc que j’aie de toi.

Maddalena Martino, mon arrière-grand-mère paternelle, quand tu as levé tes yeux sur moi, j’ai vu tes grands yeux bruns, ton teint mat couvert de ridules formées par les affres du temps, exposé au travail dans les champs durant des années. Tes mains brunes avec des ongles si blancs sont d’un tel contraste. Tes cheveux sont tirés en chignon comme sur la photo de ta carte d’identité et de circulation, datée de 1917, délivrée aux travailleurs coloniaux et étrangers. Un de mes documents préférés dans ma collection de vieux papiers. Pour le moment tu me scrutes en fronçant les yeux , as-tu perçu quelque chose de familier en moi, une impression de « déjà vu »? Je ne te ressemble pas, j’ai les yeux et le teint clairs autant que toi tu as les yeux bruns et le teint mat. Je fais presque 20 cm de plus et ma tenue doit t’intriguer . Une femme en pantalon , les cheveux détachés comme une enfant. Rien de commun avec les femmes de la région, pourtant tu vas m’ouvrir ta porte pour me faire boire un café chaud. Je pose mes deux mains autour de la tasse pour me réchauffer, la température de la pièce unique servant de cuisine et pièce à vivre n’était guère plus élevée qu’à l’extérieur. Nous sommes en décembre 1943, une période trouble, la guerre a touché la famille puisque ton beau-fils Pietro , chasseur alpin, est mort en Russie comme beaucoup de jeunes des alentours. J’ai ses cartes envoyées à la famille avant le drame, des baisers portés sur chacune d’entre elles. Puis sa disparition en Sibérie, le silence, l’espoir et ensuite viendra la peine et l’absence.
La communication entre nous se fait doucement, je ne parle pas occitan, mais de tes années de travail à Paris tu as gardé des souvenirs du français. Donc on s’arrange pour nous comprendre, tu me prends pour la fille d’un de tes patrons français et je ne te contrarie pas. Impossible de te dire la vérité et de t’imposer mon escapade temporelle. Impossible de te dire l’avenir , même si cet avenir est devant toi, je me tais car je suis là pour t’écouter.

Surtout je sais que dans quelques semaines tu décéderas d’un mal de gorge, comme on disait à l’époque, dans l’étable, entourée des bêtes, l’endroit le plus chaud de la maison. Je remarque la robe que tu portes, je l’ai trouvée cet été dans un coffre en bois… Grâce à ce coffre en bois dans lequel j’ai trouvé ces trois robes, j’ai su que tu étais droitière car une seule poche était cousue sur la droite des robes. Tu les fais toi-même sûrement, peut-être avec la machine à coudre trouvée cet été dans une pièce de la maison. Sinon que peux-tu me raconter de ton enfance ? Combien de frères et sœurs as-tu ? Après la mort de ta mère Anna, ton père t’aurait laissé à un couple. Tu ne reverras plus ton père parti en France pour travailler,… quand, en 1917, tu partiras en France pour travailler à Paris, le rejoindras-tu ?

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